résumé
| Points clés | Précisions |
|---|---|
| L’effet Matilda | Déni systématique des contributions scientifiques féminines au profit des hommes |
| Lise Meitner et la fission nucléaire | Découverte volée par Otto Hahn, nommée 48 fois au Nobel sans récompense |
| Rosalind Franklin et l’ADN | Watson et Crick ont utilisé ses données à son insu pour leur Nobel |
| Ada Lovelace, pionnière de l’informatique | A écrit le premier programme informatique au monde en 1843 |
| Hedy Lamarr, actrice et inventrice | A créé l’ancêtre du Wi-Fi et du GPS en 1941 |
| Conséquences actuelles de ces vols | Moins de femmes dans les sciences et financements inférieurs pour leurs projets |
Je me souviens encore du jour où j’ai découvert l’histoire de Rosalind Franklin. J’étais à la bibliothèque, plongée dans un bouquin sur l’ADN, et là, boum : cette scientifique brillante avait été complètement effacée de l’Histoire. Ses découvertes ? Volées. Sa reconnaissance ? Inexistante. Et ce n’était pas un cas isolé. Pendant des siècles, des femmes ont inventé, découvert, révolutionné la science et la technologie, pour que des hommes s’attribuent leurs travaux. Aujourd’hui, je veux te parler de ces inventions volées aux femmes, de ces pionnières dont les noms auraient dû être gravés dans le marbre, mais qu’on a sciemment oubliées.
Quand la science efface les femmes : l’effet Matilda
Tu connais l’effet Matilda ? Moi non plus, jusqu’à récemment. Pourtant, c’est ce phénomène qui explique pourquoi tant de femmes scientifiques ont été invisibilisées. L’effet Matilda désigne le déni ou la minimisation systématique des contributions féminines au profit de collègues masculins. Et les chiffres donnent le vertige : depuis 1901, seulement 49 femmes ont reçu un prix Nobel contre 833 hommes. Oui, tu as bien lu.
Je repense souvent à cette conversation avec une amie sur une appli de rencontre. Elle me disait qu’elle cachait son doctorat en physique dans son profil, parce que ça faisait peur aux mecs. On en était là, en 2023. Et quand je lis les histoires de Lise Meitner ou Rosalind Franklin, je comprends d’où vient cette peur ancestrale du génie féminin.
Marie Curie reste l’exception qui confirme la règle : deux Nobel, une reconnaissance internationale. Mais combien d’autres femmes, aussi brillantes qu’elle, ont été réduites au silence ? Combien ont vu leurs travaux publiés sous le nom d’un homme ? Combien ont été reléguées au rang d’assistantes alors qu’elles étaient les véritables cerveaux derrière les découvertes ?
L’effet Matilda porte le nom de Matilda Joslyn Gage, une militante américaine qui, dès le XIXe siècle, dénonçait cette injustice. Elle avait tout compris bien avant nous. Les structures académiques, les comités de prix, les publications scientifiques : tout était pensé pour valoriser le travail masculin et minimiser celui des femmes. Et ça continue encore aujourd’hui, de manière plus subtile certes, mais bien réelle.
Des découvertes capitales signées par des hommes
Parlons de Lise Meitner. Cette physicienne autrichienne a découvert la fission nucléaire en 1938. C’est elle qui a compris les implications de l’expérience, elle qui a calculé l’énergie produite. Mais quand Otto Hahn publie les résultats, son nom disparaît complètement de l’article. Lui seul reçoit le Nobel de chimie en 1944. Elle ? Rien. Nommée 48 fois au Nobel, jamais récompensée.
Ensemble, Meitner et Hahn avaient travaillé pendant trente ans sur la radioactivité, à statut égal. Ils avaient même découvert le protactinium ensemble en 1918. Mais quand vient le moment de la gloire, elle est effacée. Certains invoquent le contexte nazi pour justifier cette omission : Lise était juive et avait dû fuir l’Allemagne. Mais est-ce que ça excuse tout ? Non. En 1997, on lui rend enfin un hommage posthume : l’élément chimique 109 est baptisé meitnerium. Mieux vaut tard que jamais, mais quel gâchis.
Et Rosalind Franklin alors ? Cette biologiste britannique a réalisé en 1951 les premières radiographies aux rayons X de l’ADN. Son fameux « cliché 51 » a permis de découvrir la structure à double hélice. Mais James Watson et Francis Crick se sont procurés ses données à son insu, les ont publiées sans la créditer, et ont reçu le Nobel en 1962. Rosalind ? Morte d’un cancer à 37 ans, probablement causé par sa surexposition aux radiations. Elle n’a jamais pu défendre son travail.
Ce n’est qu’en 2003 que Watson reconnaît enfin qu’elle aurait mérité le Nobel. Quarante ans après sa mort. Je ne sais pas toi, mais moi, ça me met hors de moi. Combien de fois dans ma vie j’ai vu des mecs s’approprier les idées de femmes dans des réunions, en amour, au travail ? Combien de fois j’ai entendu « oui mais elle a juste aidé » ?
| Scientifique | Découverte volée | Homme récompensé | Année du vol |
|---|---|---|---|
| Lise Meitner | Fission nucléaire | Otto Hahn | 1944 |
| Rosalind Franklin | Structure de l’ADN | Watson & Crick | 1962 |
| Jocelyn Bell Burnell | Pulsars | Antony Hewish | 1974 |
| Nettie Stevens | Chromosomes X et Y | Thomas Hunt Morgan | 1933 |
Les inventions du quotidien qu’on leur doit
Maintenant, parlons de ces inventions qui ont changé nos vies, mais dont on ignore tout des créatrices. Ada Lovelace a écrit le premier programme informatique au monde en 1843. Oui, tu as bien lu : 1843. Elle a rédigé un algorithme détaillé pour la machine analytique de Charles Babbage. Sans elle, pas d’applications, pas de sites de rencontre, pas d’Internet tel qu’on le connaît.
Pourtant, Babbage s’est fait une réputation sur cette machine analytique, en bénéficiant largement du travail d’Ada. Et pendant des années, on a tenté de discréditer son rôle parce qu’elle était une femme. Ça me rappelle cette fois où j’ai matché avec un développeur qui m’a littéralement expliqué comment fonctionnait mon propre travail. Spoiler : il s’était planté sur toute la ligne.
Et Hedy Lamarr ? Cette actrice hollywoodienne surnommée « la plus belle femme du monde » était aussi mathématicienne et physicienne. En 1941, elle a déposé un brevet pour un système secret de communication, ancêtre du Wi-Fi et du GPS. La technologie n’a été utilisée qu’en 1962, vingt ans plus tard. Elle n’a reçu une vraie reconnaissance qu’en 1997, trois ans avant sa mort.
Voici d’autres inventions volées ou minimisées :
- Le premier compilateur informatique par Grace Hopper en 1951
- Les calculs de trajectoires spatiales essentiels à Apollo 11 par Katherine Johnson
- Le théorème mathématique derrière la tour Eiffel par Sophie Germain
- Le premier service de matchmaking numérique par Joan Ball en 1964
- La machine à fabriquer des sacs en papier par Margaret Knight en 1867
Ce que ça nous apprend sur nous-mêmes
Ces histoires ne sont pas juste des anecdotes historiques. Elles nous parlent de nous, de la manière dont on valorise encore aujourd’hui certaines voix au détriment d’autres. Combien de fois tu as vu une femme couper la parole dans une réunion pour qu’on lui dise qu’elle est agressive, alors qu’un homme faisant la même chose est « assertif » ?
Je pense à Marthe Gautier, qui a découvert la trisomie 21 en 1958, mais dont les travaux ont été publiés sous le nom de Jérôme Lejeune. Elle n’a dénoncé le vol qu’en 2007, treize ans après la mort de Lejeune. Elle avait 82 ans quand elle a enfin osé parler. Imagine porter ce poids pendant presque cinquante ans.
Elizabeth Magie a inventé le Monopoly en 1904 pour dénoncer les dangers du capitalisme. Charles Darrow l’a copié en 1935, l’a revendu à Parker Brothers et est devenu millionnaire. Elle ? Elle a reçu 500 dollars. Aucun droit d’auteur. Le jeu s’est vendu à 275 millions d’exemplaires. L’ironie est cruelle : un jeu anticapitaliste volé pour enrichir un homme.
Ces vols ne sont pas des accidents. Ils sont le résultat d’un système qui, pendant des siècles, a considéré que les femmes n’avaient pas leur place dans la science, la technologie, l’innovation. Et aujourd’hui encore, on voit les traces de cette histoire : moins de femmes dans les STEM, moins de financements pour les entreprises fondées par des femmes, moins de prix, moins de reconnaissance.
Alors la prochaine fois que tu entends parler d’une grande découverte, pose-toi la question : qui était vraiment derrière ? Quelle femme a été effacée de l’Histoire ? Parce que crois-moi, elles sont nombreuses. Et elles méritent qu’on se souvienne d’elles.